Juifs méconnus du Sahara

(merci à notre membre Jean qui nous a fourni ces informations)

Mardochée aby Serour, rabbin

Disciple de Théodore Monod, Jacob OLIEL est un historien spécialisé sur les communautés juives natives du Sahara, souvent oubliées mais qui ont vécu dans cette vaste zone depuis bien avant la chrétienté et l’islamisation, ont dû composer avec les conquérants successifs et ont sans cesse tenté d’y défendre leurs traditions.

Tantôt riches marchands ou simples citoyens, tantôt exilés voire persécutés, ils ont côtoyé depuis longtemps Berbères et Sahraouis. Il est avéré que les Juifs du Sahara ont en tout cas joué un rôle important pour, si pas initié le commerce caravanier transsaharien, en dépit de l’arrivée des Arabo-Musulmans. Quelques îlots judéo-berbères subsistèrent ainsi longtemps dans le désert et les montagnes.

Jacob Oriel retrace entre autres la vie du rabbin Mardochée aby Serour (1826-1886), né à Akka dans une famille de bijoutiers de l’extrême sud marocain.

Mardochée Aby Serour entreprit très jeune des études talmudiques puis des voyages autour de la Méditerranée parmi les communautés juives.

Une fois rabbin, il découvrira et exercera le commerce caravanier transsaharien, ce qui le poussera jusque Tombouctou, pourtant interdite aux non-musulmans. Il parvient toutefois à y résider, moyennant un tribut annuel  et y fait fortune en approvisionnant le marché de Mogador (Essaouira) en or, ivoire et plumes d’autruches destinées à l’industrie de luxe parisienne.

Lors de ses premiers retours au Maroc en 1863 et 1864, il a fait venir du Soudan plusieurs Juifs parents ou alliés originaires d’Akka, dont la présence, pensait-il, briserait son isolement face aux concurrents marocains.

L’aventure dura une dizaine d’années, jusqu’à la confiscation par le gouverneur de Tombouctou des biens de Mardochée. Dépité, il renonce et rentre au Maroc à Akka totalement ruiné.

Par bonheur, son chemin avait croisé, en 1869, celui du consul de France à Mogador, M. Auguste Beaumier, lequel s’était pris d’une grande estime pour cet homme qui allait à Tombouctou à sa guise, connaissait à merveille le désert, ses habitants et leurs différentes langues …

Persuadé que ce rabbin pouvait rendre les plus grands services à la France, Beaumier commence par lui faire raconter son histoire, qu’il publiera en 1870 dans le Bulletin de la Société de Géographie de Paris ; c’est ainsi que la France et l’Europe découvrent l’itinéraire occidental et tous les détails du commerce caravanier.

Plus tard, le consul Beaumier mettra le rabbin en relation avec les sociétés savantes parisiennes – Muséum d’Histoire Naturelle, Société de Géographie… – qui lui confient diverses missions : devenu collecteur, Mardochée envoie renseignements et échantillons dans des domaines aussi divers que la géographie, la botanique, la géologie, l’archéologie…

En 1883-1884, Mardochée aby Serour est présenté au jeune vicomte Charles de Foucauld, 25 ans, qui a besoin d’un guide expérimenté pour effectuer une « reconnaissance » à travers le Maroc de la dissidence. Mais seul Foucauld, le nouveau héros, recevra les honneurs des expéditions menées.

Le rabbin Mardochée, miné par la maladie déjà avant 1883, quittera le Maroc au bord de l’épuisement. Il mourra à Alger en 1886.

Jacob Oliel, historien

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